Point d'appui
Catherine Melin
Vidéochroniques, Marseille
du 1er décembre 2010 au 5 février 2011
Catherine Melin puise dans la ville son terrain d'expérimentation
: elle prélève dans l’architecture urbaine transitoire,
celle du bâti secondaire désaffecté, des espaces
laissés pour compte, zones inqualifiables reniées du surmodernisme,
atopiques. Elle confronte les formes figées issues de ces espaces
fragmentaires à l'instantaneité de corps en mouvement,
mûs par des activités de jeu, d'équilibres, de déplacements...
Corporeité et qualité physique du bâti se permutent,
se téléscopent dans un univers plastique caractérisé
tant par l'hétérogénéité des supports
employés (dessins, vidéos, photographies, installations,
sculptures, jeux d'ombre et de lumière, son, wall drawing, etc.)
que le statut donné à ses réalisations.
« Les dessins muraux au fusain, figurent des lieux inventés
et des machineries facétieuses. Bien qu’ils évoquent
des plans, des relevés et des élévations d’architecture,
précis et illusionnistes, il émane de ces paysages une
inquiétude, liée pour partie à leur désaffection,
ou à leur aspect désassemblé et flottant, sans
périphérie ni centre. Ce sont, précise l’artiste,
plutôt des « hors lieux » que des non-lieux, ces espaces
de passage et de transition étudiés par Marc Augé.
Ce sont des zones floues, entre construction et déconstruction,
des territoires d’impouvoir. De singulières figures hybrides
s’agitent dans les dessins au carbone sur papier les animant de
leur acrobaties graphiques. Les vidéos sont des ouvroirs d’espaces
de liberté, de parcours potentiels, de chemins de traverse dans
lesquels le corps, cessant d’être contrant, retenu et empêché,
s’adonne à l’expérience du mouvement sans
entrave, au plaisir du déséquilibre et de la vitesse.
La vraisemblance, toujours, se mêle à la fiction, l’autre
côté du miroir interférant sur la banalité
en la modifiant subtilement et efficacement pour déterminer,
avec l’humour et quelques mélancolie, de fragiles territoires
de poésie, de liberté et de création. »
Extrait d’un texte d' Evelyne Toussaint, professeur d’histoire
de l’art et d’esthétique, Université de Pau
et des Pays de l’Adbour, novembre 2009