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Semaine




le mur dans le miroir



Hervé Humbert
Re : portfolio
galerie S-M-P, Marseille
exposition du 15 mai au 2 juillet 2011


Le 13, la route revenant d’Intermarché longe la vallée du Créneau ; en arrivant, Humbert au
téléphone, que je n’ai pas vu depuis cinq ans et qui me propose d’écrire un texte pour une
exposition. Nous procèderont par courriel…

Le 14 avr. 2011 à 16:13, rvhumbert@free.fr a écrit  :
Ici mon portfolio, version longue, comme ça tu as un aperçu assez large de l’évolution du
travail depuis Marseille…

De : « Mathieu Provansal » À : rvhumbert@free.fr Jeudi 14 Avril 2011 22h28:30
J’ai bien reçu ton portfolio, qui me remémore la roulette vue rue Sylvabelle. Mon expérience
de la copie, qui s’est limitée à une table de Konstantin Grcic, c’est que cela pose la question des finitions. Est ce que l’échelle fait partie des finitions ?

Le 15 avr. 2011 à 22:31, rvhumbert@free.fr a écrit :
L’échelle est d’abord pour moi une question de distance à l’objet. Quand je fais un modèle
réduit d’un lampadaire berlinois, c’est pour l’éloigner (réduisant sa taille) et s’en approcher en même temps, placé dans la galerie ou dans son salon. Bien sûr, pour que le glissement d’échelle s’opère, le traitement des détails est crucial… Ma situation d’ex marseillais me demandait de revenir sur mon expérience de la ville, presque de m’expliquer sur les raisons que j’ai eu de migrer à Berlin, bref il devait y a voir une « pièce marseillaise », commentaire après coup. C’était très excitant d’imaginer arriver à SMP avec l’exposition dans une valise, voire en
tête ; conception à Berlin et réalisation sur place. Concrètement deux pièces : le grand symbole permanent de la ville : en bandeau au dessus de l’entrée de la crypte de Notre-Dame, une inscription en mosaïque. Je compte en faire deux frottages : Voici / Ta mère, que j’accrocherai de part et d’autre d’un mur. Rangés dans un présentoir format A0 en Plexiglas blanc, différents éléments de A8 à A0. Dont un poster format A1, réplique fidèle au motif d’une pièce photographique d’Alighiero e Boetti que je m’approprie pour l’occasion. L’espace cloisonné dans lequel on déambule se divise selon la même logique, de A0 à 32 A0. C’est une sorte de machineexposition. On peut se téléphoner demain ou après demain ?

De : « Mathieu Provansal » À : rvhumbert@free.fr Envoyé : Samedi 16 Avril 2011 12h19:59
Je crois comprendre qu’en venant à Marseille, tu vas avoir affaire à la ville perçue depuis
non plus cette ville mais une autre (Berlin). Pour ton projet, je ne suis pas sûr de comprendre
précisément la mise en place des formats A0-A8 ; je devine les proportions invariables quand on
plie la feuille en deux. Est ce que tu avais rencontré Stanley Brouwn à Luminy ?
Le travail du frottage me paraît par contre clair. C’est agréable cette capacité de relevé du
crayon. Il y a dans le frottage, qui est une empreinte, la réunion de l’image photographique, de la sculpture (bas relief), et du dessin, mais la figure dans l’empreinte évince la question de l’échelle. Copie fidèle, rapide, où la question de l’échelle n’intervient à aucun moment : on l’oublie presque.
Il y aurait donc, si l’on admet que l’échelle fait partie des finitions, un caractère « pas fait » du
frottage, ou plutôt qui se fait de lui même… Quant au poster, Y ou sémaphore, la position des mains opposées, c’est la figure en train de se faire. Je suis par là ce début d’après-midi.


Le 18 avr. 2011 à 00:08, rvhumbert@free.fr a écrit :
Mes pieds seront à Marseille, que je regarderai depuis Berlin. Ce que tu dis du frottage, je
le partage complètement. J’ajouterais que l’idée de venir « caresser ce symbole » du haut d’une
échelle, là au beau milieu de la rade, me plaît beaucoup. Le poster, c’est un poing fermé, une
main ouverte, la tête entre les deux. Une figure (et cette ambivalence qu’on trouve dans Voici / Ta mère) insérée dans cet espace hyper normé : rangé dans ce plan autour duquel se construit à la fois le début et la fin de l’exposition.

De : « Mathieu Provansal » À : rvhumbert@free.fr Envoyé : Lundi 18 Avril 2011 12h50:05
L’application des formats en spirale, l’effet de rejet, entre Voici, et, Ta mère, le jeu
d’opposition (agrandissement-retrécissement), sont sensibles sur le plan, où l’on peut se faire
aspirer jusqu’au plus petit des compartiments, puis se faire expulser, vers la salle voisine, ou
dehors, le frottage bi-front, et le seuil sur la rue marqué. J’imagine rédiger un préambule qui commencerait par exemple ainsi (à peu près) :
Le fait de préparer à distance une exposition, le fait de préparer une exposition depuis l’étranger,
l’amener dans une valise et en réaliser sur place les éléments, cela donne une part importante au
plan. « Faire un plan c’est s’adonner au plaisir de penser » écrit Livio Vacchini.
Hervé Humbert travaillant dans le plan agence une série de salles dont les espaces, chaque
fois d’une demi superficie du précédent, s’ouvrent l’un dans l’autre.
Plier la feuille de papier en deux suppose d’en réduire de moitié la superficie et tout en
multipliant par deux le nombre de ses surfaces. Dos à dos, les inscriptions : voici : ta mère,
forment le point de départ du plan, ses termes exclusifs.
La division médiane répétée dans la page donne la construction d’une spirale dont l’abîme
se prolonge à l’infini, aussi bien dans les sens de la réduction que de l’augmentation. Le travail
consiste à se placer entre les deux.
De cette progression paraît la coquille, dont sortir suppose d’entre dans le monde — ou bien cette exposition se projetant dans la valise dans laquelle on l’a transportée. Et la valise présentée contient une valise, qui en contient une autre.
L’image enfantine de l’escargot avec sa maison sur son dos ferait sourire s’il n’était pas
question d’exister au regard d’une matrice, dont prendre l’empreinte ou bien qui donne une
mesure initiale…
Le seuil marqué souligne aussi l’ambivalence de l’intérieur et l’extérieur — soulignée par un
matériau réfléchissant. Le passage n’est pas anodin : c’est dans l’encadrement de la porte que l’on apparaît. S’y tenir au centre permet d’en observer mais aussi de ressentir dans sa plénitude l’espace creux, à notre échelle.
On passe le seuil et, devant soi, le seuil suivant, puis un autre, jusqu’à la possibilité de
bifurquer ; sinon de poursuivre directement tout au fond d’un côté ou de l’autre de la cloison
qui porte alternativement l’inscription relevée d’une mosaïque à N. D. Inscription rudimentaire,
simple assertion dont les caractères ne sont même pas tracés ou écrits mais captés.