le mur dans le miroir
«Mehr licht»,
un vaisseau dans les ruines Dans l’installation,
la rotation du haut-parleur (de type pavillon à chambre de compression)
permet de jouer avec l’idée de projection spatiale du son
: elle donne un rythme, filtre et déforme, en jouant sur l’effet
Doppler. Pour entrer dans la cabine et tenter cette expérience
sonore entre la cathédrale et le cloître, il faut attendre
son tour, un peu comme dans les mises à l’épreuve
perceptive du Groupe de Recherche en Arts Visuels pendant les années
1960. Toutefois, l’espoir de changer l’homme en l’éveillant
à une autre dimension hors des habitudes et des conventions sclérosantes
n’est plus de mise. Le sacro-saint mot d’ordre de participation
du public –remplacé aujourd’hui par les idéaux
d’interactivité et de convivialité- n’est
pas au centre du travail des artistes. Plus conceptuel, le projet Mehr
licht vise à instituer un dialogue entre le site, la lumière,
le son : à l’éclairage électrique des néons
classiques vendus dans le commerce, répond le son amplifié
et fragmenté d’une moto enregistrée sur le périphérique.
Tandis que Nicolas Royer délaisse momentanément la peinture
classique (celle qui recourt à des pigments) et conçoit
l’installation comme la suite logique de ses Light paintings,
Paul Laurent souligne l’importance de Stockhausen et de son analyse
perceptive des sons mécaniques. Il évoque le quatuor à
corde Arditti que le compositeur fit jouer et enregistrer dans un hélicoptère
en marche (Helicopter string quartet). « Mehr licht ! Mehr licht
! ». « Plus de lumière ! Plus de lumière !
». Cette injonction goethéenne (selon la légende,
ce furent les dernières paroles prononcées par le poète
en 1832) semble étrange dans l’enceinte d’un lieu
de culte où devrait souffler l’esprit divin. En supprimant
tout signe de ponctuation, les artistes transforment cette interjection
en marque commerciale. En l’inscrivant dans une enseigne lumineuse
fixée dans le mur de la cathédrale, ils font de ce leitmotiv
spirituel un slogan publicitaire. Le XXI° siècle ne sera
pas plus religieux (ou spirituel ou mystique) que le précédent.
Les rêveries post-romantiques tournent court. Le désir
diffus d’une société meilleure dans un monde plus
éclairé ne trouve plus de lieu pour s’exprimer.
Seul « L’art comme bonne volonté de l’illusion
» peut encore nous consoler, disait Nietzsche. La science-fiction
nous sauvera-t-elle? - Carole Boulbès, octobre 2007
|