Centre d'art contemporain intercommunal, Istres
Olivier Grossetête
2 Pas sages
exposition du 11 octobre au 22 décembre 2007
Jean-Louis Marcos : Tu parles de la bienveillance en art...
Olivier Grossetête : Oui, dans les peintures des grottes ce qui
est étonnant c'est la bienveillance, une forme de douceur alliée
à la force. Ce n'est pas mièvre, ce n'est pas anodin.
Dans cette bienveillance, il y a, à la fois, la violence de la
confrontation au réel mais aussi la douceur et la générosité.
À l'opposé du cynisme et de l'aigreur qu'on rencontre
souvent aujourd'hui dans l'art... C'est très important pour moi.
Je me souviens avoir vu dans la même journée le retable
d'Issenheim de Grunewald et des oeuvres contemporaines en pensant qu'il
y avait une forme de générosité qui s'était
perdue. Je pense aussi que l'art a beaucoup à voir avec le temps,
aujourd'hui on est dans l'instantané... Mais si c'est une bonne
oeuvre, on prend plaisir à échanger du temps avec elle.
Dans l'idéal, on doit même pouvoir raconter une oeuvre
dans un autre temps que celui de sa présence. Dans ma vidéo
" L'une des librations ", on voit la lune se lever au-dessus
de l'horizon, avec mon amie Valérie qui l'accompagne. La vidéo
dure 23 minutes, soit le temps réel que met la lune à
échapper aux mains de Valérie...
JLM : Est-ce que l'art est une forme de religion pour toi ?
OG : Il y a l'histoire et puis il y a le désir... Plus bien sûr,
toutes les contraintes : le marché, la mode, les institutions...
Mon truc, c'est de donner corps à mon espace imaginaire et qu'il
vienne influencer le réel. D'une certaine façon c'est
revenir vers l'enfance mais en développant une certaine justesse...
Je fais de l'escalade, c'est un plaisir personnel sans aucune influence
sur le monde, alors que, dans l'art, on s'adresse aux autres et il y
a forcément un côté éthique et moral. Je
pense qu'on ne doit pas envahir les gens avec des problèmes de
mal de vivre personnels.
Propos recueillis par Jean-Louis Marcos. Extraits de la préface
du catalogue d'exposition