Richard Nonas
Shoots good, not straight
Musée d'Art Moderne de Saint-Etienne Métropole
du 15 mai au 22 août 2010
Richard Nonas est né en 1936 aux Etats-Unis. Sa première
activité, anthropologue, et les missions qui ont été
les siennes (vivre auprès des Indiens du Mexique, des Inuits
du Canada, ou des Indiens de l’Arizona) imprègnent l’ensemble
de sa création plastique. Ce qui pourrait apparaître en
premier lieu comme un art minimal voire conceptuel est en fait plus
proche d’un art environnemental : les réflexions de l’artiste
et leur mise en oeuvre portent sur la sensibilité des matériaux,
et plus largement sur un rapport physique, sensible, au lieu.
Shoots good, not straight, « Il tire bien, mais
pas droit », est issu d’ un dialogue avec un
indien rencontré au Mexique dans les années soixante,
lorsque Richard Nonas effectuait de longues missions d’anthropologie,
immergé dans le désert. Ce vieil indien, par une simple
anecdote, plonge Richard Nonas dans une acceptation – qui devient
désir – d’une réalité donnée
en tant que telle, échappant à toute forme d’explication,
d’analyse, qui tient dans sa présence et son identité
d’expérience unique, sans qu’un quelconque commentaire
puisse l’éclairer.
L’essence de l’art a toujours été –
partout – son imprévisibilité, sa position, juste
en dehors du lieu habituel de l’expérience et de l’explication.
L’art doit toujours avoir une position extérieure par rapport
à l’intérieur de notre vie quotidienne. Il n’est
jamais ordinaire.
L’art est partout différencié du reste
de la communication humaine, séparé
exactement par la disjonction et l’ambiguïté de ses
propres règles essentielles de casser le langage. La disjonction
et l’ambiguïté sont les caractéristiques de
son identité – chocs du système culturel qui rendent
possible l’art, le forcent à parler et à être
entendu de façon différente.
L’art est la reconnaissance (et non, comme
on le prétend souvent son refus) du chaos
qui nous entoure. C’est ce qui nous relie
à un monde au-delà de nous-mêmes. C' est
la différence entre l’art et le divertissement,
l’artisanat, le design, le journalisme
ou la propagande. L’art est notre façon
de perforer notre propre autosatisfaction.
L’art est la reconnaissance inconfortable
de la culture d’un en-dehors... C’est la façon dont
nous faisons entrer de force une confusion imminente et troublante dans
nos vies limitées à leur culture.
L’art est notre façon de ruser pour devenir
plus, non pas en changeant ou en s’améliorant, juste devenir
plus… Plus pour la confusion et non l’accomplissement. Plus
pour l’espoir. Pas du meilleur, mais du plus. Juste du plus, du
plus généralisé et irréalisable. L’art
est le moyen pour nous de se faire peur avec des rêves tout juste
inatteignables, le moyen pour nous de ne pas les oublier. L’art
est la façon dont nous reconnaissons nos rêves instables
du plus.