Semaine

Semaine 23.10
Knud Viktor
n°240, Musée Gassendi, Digne-les-Bains
Lire
gratuitement l'édition numérique
«I associate
colors with sounds, visualizing the color purple as jealousy or anger,
the color green as envy, and the full spectrum of a rainbow as a special
girl in my life. The musical colors paint a 3-D effect of emotions that
I want to portray throughout my music».
Jimi Hendrix, 1969
Dans les gorges du Régalon, fente calcaire qui entaille perpendiculairement
le versant sud du Luberon, Knud Viktor, depuis les années 1960,
vit « de jour comme de nuit à l’extérieur
». Dès 1961, il s’est défini comme « peintre
sonore » ; il n’a d’autre point de vue que les sons
qui l’entourent, d’autre atelier que ce monde qu’il
capte et nous transmet. Même dans La Chambre d’images, silencieuse,
que montre le musée Gassendi, « c’est la vue qui
fait le son2 ». Collecter des sons naturels implique de vivre
avec eux, se fondre dans leur espace pour en comprendre l’organisation.
Knud Viktor se déplace à pied, silencieusement et lentement,
à l’écoute de ces sons qu’il utilise comme
des couleurs. « Je suis peintre, je me considère comme
peintre mais je ne fais plus des peintures de tableaux. Je peins avec
les sons. Je fais une espèce de collage… j’ai une
armoire pleine de sons que j’ai cueillis… » Ces sons
sont enregistrés avec un matériel très simple,
puis assemblés chez lui, cabane en pierre intégrée
dans la nature. « Je n’appelle pas ça une musique,
j’appelle ça des images sonores trouvées à
l’état brut dans la nature si on l’écoute…
craquements des roches, pierres qui basculent dans le vent… je
travaille pour faire l’aspect imaginaire que je sens autour4.
» Pour Knud Viktor, les sons appartiennent au monde de l’imaginaire
et non à la raison. Aux oiseaux, grenouilles, renards et pierres
(très présents dans son œuvre), Knud Viktor préfère
les insectes qui « fabriquent » les sons les plus divers
et les plus musicaux. Il se décrit comme auditeur et attire notre
attention sur les sons « inaudibles » de la nature
: le ver qui mange une pomme, le lapin qui rêve dans son terrier…
ces « petits sons » qui révèlent la richesse
d’une vie si importante à préserver.
Nadine Gomez-Passamar
Conservateur du musée Gassendi
Parution hebdomadaire vendredi 11 juin 2010 / 4€
Parution Semaines volume III / septembre 2010 / 18€