Semaine

Semaine 49.10
Nicolas Daubanes
Courir contre la montre
n°257
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Je
tisse un rapport très intime entre le cyclisme et mes propositions
artistiques. Je rassemble mes coéquipiers : mon corps, ma mémoire,
mes références, et les mets au service d’un projet.
Il arrive parfois à chacun d’entre eux de tenter une «
échappée », s’autorisant ainsi une certaine
autonomie qui a pour conséquence
d’ouvrir et de dégager de nouvelles voies. Ils reprennent
voix. Les modes et systèmes réflexifs induits par chaque
proposition pourraient de façon toute métaphorique être
comparés aux choix qu’effectue le cycliste avant la course
en ce qui
concerne la spécificité du matériel, son adaptation
au profil de l’étape. Le trajet que j’effectue alors
est scandé de sensations, de moments de vie aux densités
inouïes qui ponctuent mon passage de stèles. J’y pose
mon empreinte. Mes propositions « transpirent » et transgressent
simultanément le processus de réflexion. La course contre
la montre est une compétition au cours de laquelle le sportif se
retrouve seul à gérer son propre effort, face à sa
propre adversité. Dans cette épreuve il éprouve un
rapport pressé au temps qui passe, et trouve une façon de
contourner sa relation au présent, d’en détourner
son appréciation. Ne vivre l’instant que dans la prévision
du franchissement d’un prochain virage. Le cyclisme est avant tout
un sport d’endurance. La douleur éveille le corps du coureur
qui doit, pour la dépasser, l’apprivoiser, l’apprécier,
en faire la compagne avec laquelle il tente quotidiennement et obstinément
une échappée héroïque. Le vélo est inséparable
du cycliste. Ce dernier, sans sa machine, se trouve mis à pied,
décalé par son accoutrement au point que sa démarche
en devient chancelante. Dans l’effort je rassemble des fragments
de mémoire. Ils rendent compte de ce que je nomme un excès
de présence de l’absence. Jamais ne me quitte le doute :
dois-je rester dans le peloton ? Rendre la course plus vivante ? Tenter
des échappées ? Et si je me brûlais les ailes en me
frottant à
l’homme au marteau ou à la sorcière aux dents vertes
? DAUBANES sur les routes du Tour. Nicolas
Daubanes
I am weaving
a very intimate relation between cycling and my artistic proposals.
I gather my teammates : my body, my memory, my references, and put them
at theservice of a project. It happens sometimes for each of them to
attempt an “escape”, allowing itself thus a certain autonomy
which results in opening and developingnew routes. They regain voice.
The reflexive methods and systems induced by each proposal could in
a completely metaphorical way be compared to choices the ridermakes
before the race in the specificity of equipment, its adaptation to the
stage. The route then I make is punctuated by feelings, moments of life
with incredible densities punctuating my way with memorials. I make
my mark. My proposals "sweat" and simultaneously violate the
thinking process. The race against time is a
competition in which the athlete is left alone to manage its own effort,
facing his own adversity. In this effort he feels an urged rapport with
the passage of time, and finds a way around his relationship to the
present, to distract his appreciation
of it. To live the instant only in the anticipation of crossing the
next turn. Cycling is mainly an endurance sport. The pain awakens the
body of the rider who has to overcome it, tame it, appreciate it, make
it the companion with which he daily and stubbornly attempts an heroic
escape. The bicycle is inseparable from the cyclist. The latter, without
his machine, unmounted, altered by his attire to the point that his
walk becomes shaky. In the effort I put together fragments of memory.
They report what I call an excess of presence of the absence. Never
the doubt leaves me : should I stay in the peloton? Make the race more
alive?
Try an escape? And if I burned my wings coming close to the homme au
marteau [man with a hammer] or to the sorcière aux dents vertes
[green toothed witch]? DAUBANES on the roads of the Tour. Nicolas
Daubanes
Parution hebdomadaire vendredi 10 décembre 2010 / Weekly
publication Friday 10 december / 4€
Parution Semaine volume IV / janvier 2011 / Publication Semaine
volume IV / January 2011 / 18€
Ce numéro
de Semaine, revue hebdomadaire pour l'art contemporain, a été
coproduit par l'association Rendezvous / artcontemporain.
This issue of Semaine, the weekly review for contemporary art, was
coproduced by the 3 structures and by association Rendezvous /
artcontemporain.